Primaires démocrates: Joe Biden, favori en danger

Annoncé comme favori des primaires démocrates, l'ancien vice-président Joe Biden a enregistré un nouveau revers dans le New Hampshire et se retrouve désormais en mauvaise posture dans la course à l'investiture pour la présidentielle américaine.

Il a longtemps été perçu comme l'immense favori pour affronter Donald Trump en novembre. Un candidat expérimenté bénéficiant d'une grande notoriété, un modéré capable d'attirer à lui une majorité d'électeurs. Une illusion ? Mardi 11 février, dans la primaire du New Hampshire, Joe Biden a essuyé une cinglante défaite dans la course à l'investiture démocrate. L'ancien vice-président de Barack Obama y est arrivé en cinquième position avec 8,5 % des voix, à un point d'Elizabeth Warren, mais loin derrière Bernie Sanders, Pete Buttigieg et Amy Klobuchar. De quoi compromettre sérieusement ses chances pour la suite de la campagne.

D'autant que ce revers n'est pas le premier. Il survient une semaine après celui de l'Iowa où il avait terminé quatrième. La claque avait été retentissante. Alors que Joe Biden affirmait être le seul en mesure de battre Donald Trump, les résultats de ce premier caucus semblaient prouver le contraire : au moins trois autres candidats pouvaient avoir la même prétention. « Cela a donné l'impression qu'il y avait tromperie sur la marchandise », relève Jean-Eric Branaa, spécialiste des États-Unis et maître de conférences à l'université Panthéon-Assas.

Un échec cuisant

Joe Biden avait anticipé la gifle du New Hampshire, partant pour la Caroline du Sud avant même l'annonce des résultats. « J'ai pris un coup dans l'Iowa et j'en prendrai probablement un autre ici », avait-il même lancé la semaine dernière en ouverture d'un débat très attendu dans ce petit État du nord-est. Il n'y a d'ailleurs pratiquement pas fait campagne. « Cela a beaucoup déçu. Le responsable de ses équipes sur place a même fait une déclaration assez violente à la télévision, expliquant qu'il devait au moins faire semblant d'y croire par égard pour tous les bénévoles mobilisés sur le terrain », note encore Jean-Eric Branaa.

Si ce nouvel échec n'est pas une surprise, il n'en est pas moins cuisant pour l'ancien vice-président qui se voit devancer non pas par un seul, mais par deux candidats modérés : Pete Buttigieg et la sénatrice Amy Klobuchar.  « Cela rend encore plus terrible la chute de Joe Biden dans cet État. S'il avait réussi à capitaliser les voix de Buttigieg et de Klobuchar, il aurait été très largement en tête, là où Hillary Clinton avait très largement perdu face à Bernie Sanders il y a quatre ans », pointe le chercheur.

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Alors comment expliquer une telle déroute ? Une question d'âge ? Sur RFI, Lauric Henneton balaie cette hypothèse. Joe Biden a certes 77 ans, mais Bernie Sanders en a 78. Pour le maître de conférences à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, c'est une question d'état d'esprit. « Sanders est à fond, il mobilise. Biden, il n'y croit pas, alors on n'y croit pas. Au niveau de l'enthousiasme, de l'énergie et de la capacité à mobiliser des électeurs, des activistes et des donateurs, il est perdant sur tous les tableaux. »

Son programme pourrait également expliquer le manque d'enthousiasme des électeurs à voter pour lui. « Il veut faire le troisième mandat de Barack Obama et promet de débarrasser les Américains de Donald Trump. L'anti-Donald Trump est ce que le parti démocrate fait à l'échelle nationale, c'est une faillite totale. Parce que les électeurs veulent qu'on leur propose quelque chose de nouveau, pas des candidats dont le programme se résume à une opposition à Donald Trump », observe Jean-Eric Branaa.

Biden peut-il rebondir ?

Joe Biden pense malgré tout pouvoir se refaire. L'Iowa et le New Hampshire ne représentent qu'une infime minorité d'électeurs et la course à l'investiture est encore longue. Quarante-huit États et six territoires restent à conquérir. Sans compter les voix des électeurs de l'étranger. « Ce n'est pas fini mon gars, nous ne faisons que commencer », a-t-il lancé à des partisans en Caroline du Sud. « Nous n'avons pas encore entendu », les Afro-Américains et les Hispaniques, un électorat qui est lui est largement favorable.

Mais la primaire est une affaire de dynamique et un mauvais départ peut être dévastateur. Surtout, le prochain caucus, dans le Nevada, n'aura lieu que dans dix jours. Une éternité quand on cherche à rebondir. Durant ces dix jours, les médias américains vont « tourner en boucle » sur les débuts calamiteux de Joe Biden, prévient Lauric Henneton. Cela pourrait suffire à laisser s'infuser dans les esprits des donateurs, des militants mais aussi des électeurs, l'idée selon laquelle l'ancien vice-président n'est plus une option viable. « L'électorat afro-américain perd confiance en Biden », remarque l'enseignant-chercheur. « Bloomberg devient de plus en plus un recours et Klobuchar pourrait bénéficier du vide laissé par Biden ». Le caucus du Nevada le 22 février sera en cela déterminant.

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