Présidentielle au Sénégal: réactions à la décision du Conseil constitutionnel

Au Sénégal, le Conseil constitutionnel a tranché. Les candidatures à la présidentielle de Karim Wade et de Khalifa Sall ont été rejetées. Les sept sages du Conseil ont validé cinq dossiers, ceux d’Ousmane Sonko, de Madicke Niang, d’Idrissa Seck, d’El Hadj Sall et de Macky Sall. Le Conseil doit publier la liste définitive des candidats à la présidence, au plus tard dimanche. Karim Wade et Khalifa Sall, qui accusent la majorité de manipuler la justice, ont 48 heures pour déposer un recours.

Devin ou chanceux, le Premier ministre, Mahamad Boun Abdlalah Dione, l’a déclaré récemment: « Il y aura moins de 5 candidats face à Macky Sall le 24 février ». Au final, ils sont, pour le moment, quatre.

Le Conseil constitutionnel considère que, condamné en appel à 5 ans de prison, Khalifa Sall ne peut pas être éligible. Pour son conseiller, Moussa Tine, l’instance n’a pas respecté le droit. « Nous allons vers un forcing électoral et le droit est mis en veilleuse. Tout ce qui se passe est une complicité entre les différents pouvoirs pour assurer la réélection, sans véritable élection, du candidat Macky Sall », a-t-il déclaré.

Le Conseil constitutionnel a rejeté la candidature de Karim Wade car il n’a pas été en mesure de présenter sa carte d’électeur. Son inscription sur les listes a été refusée car il a été condamné à 6 ans de prison. Oumar Sarr, coordonnateur du Parti démocratique sénégalais, estime que tout a été fait pour exclure Karim Wade.

« Nous, nous allons regarder avec les avocats ; avec le candidat, avec nos troupes et avec les autres candidats aussi, nous allons voir quelles sont les mesures idoines. Nous n’allons pas nous laisser égorger », a-t-il souligné.

Karim Wade et Khalifa Sall devraient déposer des recours. Les états-majors des deux leaders de l’opposition estiment que la présidentielle ne peut se tenir sans eux.

Divisions chez les électeurs

Malgré un important combat de lutte, tout le monde attendait, dès dimanche soir, la liste du Conseil constitutionnel et c’est finalement lundi matin qu’elle a été diffusée. Pour Doudou Gueye, moniteur d’auto-école, il est normal que Karim Wade et Khalifa Sall ne soient pas candidats. « Quand tu n’es pas libre, tu ne peux pas te présenter comme président de la République, logiquement », estime-t-il.

Préparateur du thé, Sow écoute le jeune homme et n’est clairement pas d’accord avec lui. Ce gardien estime que l’exclusion de Khalifa Sall et de Karim Wade va provoquer des tensions. « Non. Ce n’est pas bon. Karim est un Sénégalais. Khalifa est un Sénégalais. Ce que Macky a fait… personne n’est content », considère-t-il.

Un argument revient souvent, celui d’une justice aux ordres qui a éliminé les adversaires de Macky Sall. C’est la vision de Sidiki Diarra chauffeur. « Dans un pays qui se dit démocrate, la justice est manipulée. Elle est à la solde du président de la République », avance-t-il.

Doyen de son quartier, le commerçant Aliou Ndiaye, rappelle que le Conseil constitutionnel est l’instance suprême, que ses décisions doivent donc être respectées. « Le Conseil constitutionnel est le dernier recours dans notre pays. Donc, nous sommes obligés de respecter sa décision », rappelle-t-il .

Via leurs avocats, Karim Wade et Khalifa Sall devraient normalement déposer leurs recours au Conseil constitutionnel ce mardi 15 janvier.