Affaire des faux médicaments au Bénin: 4 ans de prison pour les 5 patrons accusés

Au Bénin, la justice a eu la main lourde contre cinq dirigeants de sociétés pharmaceutiques. Le procès dit des «faux médicaments» jugé en flagrant délit le 6 mars dernier a livré son verdict ce mardi matin. Quatre ans de prison ferme pour chacun assortis de lourdes amendes.

article réactualisé avec notre correspondant,

Quatre ans de prison ferme, 10 millions de francs CFA d’amende pour les cinq patrons grossistes agréés. Et ce n’est pas tout : ils devront verser de façon solidaire à l’Etat des dommages évalués à 100 millions de CFA. Les autres sanctions s'échelonnent de 6 à 18 mois de prison.

Les trois juges ont retenu contre eux les délits « d’exercice illégal de pharmacie et de vente de médicaments falsifiés ». Ils ont suivi l’essentiel des réquisitions. Il y a eu quelques relaxes, mais ce sont les «gros» qui ont payé. La justice ordonne aussi la destruction des stocks saisis.

La lecture du jugement a été brève pourtant la salle a eu le temps de ronchonner et de pester.  Après le verdict, la cour s’est retirée et les condamnés, vêtus de gilet bleu siglé prison civile de Cotonou, sont sortis par la porte de droite, encadrés par la police. Le patron français de Promopharma s’est alors arrêté à hauteur de ses proches venus de Paris pour embrasser sa compagne et serrer des mains.

Plus tard, ils ont embarqué dans un fourgon, direction la maison d’arrêt de Cotonou sous l’œil de leurs amis et proches restés dans la cour. Les avocats sont réservés après ce jugement ; très peu ont accepté de parler à la presse. Ils ont juste annoncé qu’ils feront appel comme Me Rafiou Paraiso qui a défendu l'Indien du cabinet New Cesamex, condamné à 18 mois ferme. « Nous avons les documents qui pourront permettre à la cour d'appel, à l'analyse des faits, de prendre une décision autre que celle qui a été prise », explique t-il à RFI.

Un  verdict globalement jugé sévère, mais on ne parle plus de règlement de compte politique. « Je n'ai pas vu une approche qui puisse m'amener à dire qu'il s'agit d'un dossier politique. J'ai plaidé les faits pour lesquels mon client a été présenté au tribunal et je m'en tiens à cela », ajoute maître Rafiou Paraiso.

Sur le terrain, la lutte contre les faux médicaments avance

Les choses bougent selon le Président de l'ordre des pharmaciens. Ainsi en 2017, le marché Adjegounlè, haut lieu du trafic a été rasé.  Au 31 décembre la police a saisi 257 tonnes de faux médicaments et interpelé 148 personnes. Mais on ne terrasse pas du jour au lendemain un trafic de cette ampleur, nous explique Charles Ainadou, lucide: « Nous ne pouvons pas dire que c'est fini. On a porté certainement un coup, un pas a été franchi... »

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