Nouvelle journée de violences et de pillages en Haïti, un centre de stockage de médicaments détruit

La capitale haïtienne a connu une nouvelle journée mouvementée vendredi 16 septembre, marquée par des scènes de pillage et d'incendies. La population est descendue dans les rues pour cracher sa colère après la décision du gouvernement d'augmenter le prix du carburant et réclamer le départ du Premier ministre, Ariel Henry. Dans le département de l'Artibonite, c'est un centre d'approvisionnement en médicaments qui a été mis à sac. 

La situation reste très tendue à Port-au-Prince où toute la journée de vendredi, des protestataires ont tenté d'allumer des feux, rapporte notre correspondante sur place, Marie-André Bélange. À Pétion-Ville et Delmas, des manifestations organisées par la population en différents endroits de la capitale haïtienne ont été réprimées par des agents de la police nationale qui ont tiré à balles réelles et fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires. Une banque a été pillée et partiellement incendiée. Des véhicules qui étaient dans les parages de l’institution sont partis en fumée. La police est tout de même parvenue à empêcher le pillage de plusieurs autres entreprises.

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Au sein de la population, les conséquences de ces mouvements de protestation contre la hausse des prix de l’essence et visant à réclamer le départ du Premier ministre, Ariel Henry, se font déjà sentir. Certaines familles commencent à manquer d’eau potable et d’autres produits de première nécessité car les routes restent toujours bloquées, paralysant la circulation depuis mardi. Gallon en main, plusieurs personnes ont été remarquées vendredi dans des quartiers de la capitale haïtienne en quête d’eau.

Par l'intermédiaire du ministre de la Justice, le gouvernement haïtien a condamné dans un tweet les actes de violence, de pillage et de vandalisme perpétrés contre les locaux des institutions publiques et internationales, d'entreprises privées ainsi que des résidences de leaders politiques.  

Aucune institution ne semble épargnée. Hormis des organisations non gouvernementales, des écoles religieuses et des grandes entreprises, les protestataires ont aussi vandalisé le Centre départemental d’approvisionnement en intrants de l’Artibonite où les médicaments des 15 communes et des 140 centres de santé et hôpitaux de ce département étaient stockés, rapporte notre correspondant aux Gonaïves, Ronel Paul

« C’est tout l’Artibonite qui va souffrir »

Résultat, à l’entrée du bâtiment, des tonnes de médicaments jonchent le sol. Par terre aussi, un réfrigérateur éventré qui ne contient plus que quelques doses de vaccins. Au milieu de la cour, le chaos est total : des blouses, des seringues et des caisses de médicaments sont éparpillés çà et là. Un groupe électrogène qui alimentait le bâtiment en électricité est complètement endommagé. À l’intérieur, les étagères de médicaments ont été vidées.

Jacky Dumont, gestionnaire de stock, immortalise la scène en photos. « Ce sont des vaccins qui coûtent très cher. Ça, c’est pentavalent [un vaccin combiné avec cinq vaccins individuels conjugués en un seul, NDLR]. Ici, on avait des médicaments contre la tuberculose, la malaria, pour la nutrition. On avait également des vaccins, du matériel de bureau, des matelas. C’est tout l’Artibonite qui va souffrir. »

De toute évidence, les médicaments n’étaient pas la cible prioritaire de la foule en colère. Les manifestants ont renversé les vaccins sur le sol mais ils n'ont emporté que les réfrigérateurs. Sur les dix frigos dont disposait le centre, il n'en reste plus que trois, complètement saccagés. Les protestataires ont aussi laissé derrière eux un bâtiment en piteux état. Des morceaux de tôle ont été arrachés pour accéder aux panneaux solaires qui étaient installés sur le toit.

Pour Jacky Dumont, c’est précisément ce type de matériel qui était recherché. « Sur le toit on avait 36 panneaux solaires. On venait tout juste de recevoir 24 batteries toutes neuves. On avait également quatre motocyclettes neuves et une ancienne. Elles ont toutes disparues », se désole-t-il.

Conséquences catastrophiques

Ces pillages auront des conséquences énormes sur le système sanitaire de l'Artibonite, un département où les centres de santé et les hôpitaux souffraient déjà d'une pénurie de médicaments. Contacté par téléphone, le directeur département de la direction sanitaire de l’Artibonite, le Dr Marcel Chatelier, sous le choc, n’était pas en mesure de répondre à nos questions.

Jeudi, ce sont les locaux du Programme alimentaire mondial, aux Gonaïves, qui avaient été pillés et incendiés. Bilan, selon le directeur du PAM dans le pays, Jean-Martin Bauer : 1 400 tonnes de produits alimentaires emportés. Ces produits devaient servir au programme d'alimentation des cantines scolaires. « La quantité de vivres qui a été pillée était suffisante pour alimenter 100 000 élèves pendant trois mois. La rentrée scolaire en Haïti, c’est dans deux semaines, début octobre. Et ce sont malheureusement les écolières et les écoliers haïtiens qui sont affectés par cette catastrophe », déplore-t-il. 

Une catastrophe dans un pays qui fait face à une grave crise alimentaire. « Dans le pays, il y a plus de quatre millions de personnes qui sont en insécurité alimentaire aiguë », rappelle le directeur du PAM. L'assistance alimentaire humanitaire est donc cruciale pour les populations. « Je peux vous dire qu’en raison de l’insécurité actuelle, nous sommes donc depuis quatre jours dans l’impossibilité de nous déplacer dans le pays. Ces programmes sont à l’arrêt. Il faudrait qu’ils puissent redémarrer pour pouvoir apporter une assistance à cette population qui souffre beaucoup. »

Dans un message publié vendredi, le secrétaire général de l'ONU s'est dit « préoccupé par la situation en Haïti », par la voix de son porte-parole. Antonio Guterres a appelé au calme et à la plus grande retenue, en exhortant « toutes les parties prenantes à prendre des mesures immédiates pour désamorcer la situation, éviter la violence et permettre à la police nationale d'Haïti de remplir son mandat de protéger la population », selon ce communiqué.