Haïti: les campagnes souffrent encore de l'opération «pays lock»

En Haïti, il n'y a toujours pas d'accord politique en vue. Alors que le président Jovenel Moïse peut désormais gouverner par décret après la caducité du Parlement, l’opposition réclame toujours sa démission et semble réfléchir à une nouvelle stratégie. « Pays lock », pays bloqué, le large mouvement de contestation qu’elle avait initié de septembre à décembre avait paralysé toute activité économique et commerciale. Un coup dur pour beaucoup de secteurs économiques, dont l’agriculture.

Avec nos envoyés spéciaux, Stefanie Schüler et Bertrand Haeckler, et Marc Kingtoph Casimir

Durant l'opération « pays lock », pendant trois mois, barricades et violences ont empêché la libre circulation des personnes et des marchandises à travers le pays. L'agriculture en a beaucoup souffert. Dans la région de Papaye, dans le centre, les gens témoignent comme Ti Marie et Gislaine qui marchent au petit matin sur une piste poussiéreuse à travers les champs. Sur leurs têtes, quelques bananes et un sac de charbon de bois.

Dans deux heures et demie, elles arriveront au marché de Hinche, chef-lieu du département du Centre. « Souvent pendant le 'pays lock', il y avait des jets de bouteilles au marché. On était obligées de partir en courant, sans même pouvoir ramasser nos marchandises. D’autres les ont récupérées », nous raconte Ti Marie. « Les enfants pleuraient. Ils avaient faim, reprend Gislaine. On a dû acheter de la nourriture à crédit ».

Appuyé contre le tronc d’un manguier, Eklesias Bélizaire regarde avec inquiétude sa plantation de choux, rongée par des chenilles. « A cause des manifestations contre le président, on n’a pas pu nous livrer les semences depuis Port-au-Prince. Ça nous a gravement retardés. Si on avait eu les semences à temps on aurait déjà eu une première récolte et on serait maintenant en train d’attendre la deuxième. » Or Eklesias Bélizaire a perdu sa première récolte.

A l’aide de sa machette, l’agronome Jean-Claude Monéro coupe un pied de banane. Pendant le « pays lock », il a perdu la moitié de ses revenus. « On n'avait pas la possibilité de transporter les produits à la capitale, nous raconte t-il. la banae par exemple, une semaine après avoir été récoltée elle commence à se détériorer. On la vend au marché mais à un prix très bas, pour ne pas perdre toute la production. »  

A Papaye, beaucoup de paysans craignent que les manifestations ne commencent avant que le commerce n’ait repris son rythme normal.

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 ■ À Hinche, l'appel à une libre circulation des malades

Le « pays lock » en Haïti a aussi eu de nombreuses conséquences sur le secteur de la santé. Les hôpitaux manquaient de médicaments, d’oxygène et de carburant pour faire fonctionner les génératrices. Les patients ne pouvaient pas rejoindre les dispensaires et des ambulances ont été attaquées. À Hinche, dans le département du Centre, une fillette atteint de diphtérie est morte parce que l’ambulance qui la transportait a été retenue pendant 12 heures derrière une barricade. Aujourd’hui le calme est revenu. Mais le Dr. Prince Pierre Sonson, directeur général de l’hôpital publique Sainte-Thérèse, à Hinche, lance un appel aux acteurs politiques et à leurs militants.