Emmanuel Macron et l’Afrique, saison 2 épisode 1

Félicité par ses pairs africains pour sa nette victoire, le président français entend désormais poursuivre la voie tracée à Ouagadougou en novembre 2017 et à Montpellier en octobre dernier. Après la constitution de sa nouvelle équipe, va se poser la question de son premier déplacement sur le continent. L’hypothèse d’un voyage en RDC et en Angola semble tenir la corde.

Il est 20h39, ce dimanche 24 avril. Emmanuel Macron vient juste d’être réélu qu’il reçoit l’un des tout premiers messages de félicitations en provenance du continent africain. Il émane d'Ali Bongo Ondimba. Sur Twitter, le président gabonais salue « sa brillante réélection ». Un qualificatif repris un peu plus tard par Mohamed Bazoum, Félix Tshisekedi, Moussa Faki Mahamat et Mahamat Déby Itno. Sans imaginer la défaite, certains de ces dirigeants craignaient une victoire étriquée. Elle est finalement assez large. « Qu’il gagne avec un écart de 17 points ça c’est une surprise, une bonne surprise », confie hors micro le conseiller d’un président, « avec toutes les analyses, tout ce qu’on entendait, on se disait que ce serait peut-être du 52/48, du 53/47 ». 

Jusqu’au lundi soir, les messages de responsables africains s’enchaînent sur le réseau social. De Macky Sall à Alassane Ouattara, en passant par Paul Kagame et Patrice Talon. Chacun dit à sa façon sa satisfaction de poursuivre sa collaboration avec Emmanuel Macron.

Quelques-uns décrochent même leur téléphone pour féliciter de vive voix le 26e président élu. C’est notamment le cas de Félix Tshisekedi. Un coup de fil comme un saut dans le passé. En lui adressant ses vœux de « plein succès » pour ce second mandat – et en appelant au « renforcement des relations entre la RDC et la France et plus largement entre l’Afrique et l’Europe » –, le président congolais n’a certainement pas oublié que cinq ans plus tôt, alors simple opposant, il avait fait le voyage à Paris pour féliciter Emmanuel Macron le soir de son élection. 

La feuille de route reste la même 

Certains responsables macronistes préparent ce second quinquennat depuis des mois. Au printemps 2021, un petit groupe d’une vingtaine de personnes se constitue autour d’Aurélien Le Chevallier, ancien sherpa adjoint d’Emmanuel Macron et actuel ambassadeur de France à Pretoria. Sa mission est de préparer l’avenir en dressant un premier bilan du quinquennat sur les questions internationales.

Discrètement, l’équipe sonde experts, diplomates, pour faire le point sur ce qui a marché et moins bien fonctionné. Sur l’Afrique, entre le travail mémoriel engagé, la restitution d’œuvres d’art au continent, la réforme du franc CFA, les proches du président jugent que la politique de « rupture » mise en route est la bonne. Aucun changement de stratégie n’est donc à attendre. L’objectif restera le même : tenter de dépoussiérer une relation abîmée par le temps. 

« On a quand même toute une feuille de route très solide issue des grands jalons du premier quinquennat, explique un conseiller du président. Le discours de Ouagadougou, le sommet de Montpellier, le sommet Europe-Afrique, le sommet sur le financement des économies africaines ».

L’idée, dans un premier temps, va être d’accélérer la mise en œuvre de certaines propositions formulées par Achille Mbembe au sommet de Montpellier en octobre dernier. Parmi celles-ci, la création d’un fonds d’innovation pour la démocratie. Le budget de cette structure pourrait être de 50 millions d'euros sur 10 ans « avec la possibilité d’ouvrir les financements à d’autres gouvernements ou à des philanthropes africains », indique un bon connaisseur du dossier. Un projet dans lequel le politologue et historien camerounais devrait s’investir à plein. 

Aide multiforme aux pays du golfe de Guinée 

Autre proposition retenue : la construction à Paris d’une maison des mondes africains. L’idée initiale d’Achille Mbembe était « de faire quelque chose qui symbolise l’apport de la création culturelle, intellectuelle, artistique africaine dans l’histoire de l’universel français ». La mission de préfiguration, pilotée par le diplomate Luc Brillard et la journaliste Liz Gomis, a remis son rapport en mars dernier au président. Plus ambitieux qu’au départ, ce projet devrait s’ouvrir aux diasporas. « Ce sera également un lieu d’éducation, ouvert au grand public, la maison n’aura donc pas que des fonctions culturelles », confie une source très au fait de ce dossier. 

Sur le plan militaire, la transformation du dispositif engagé l’an passé au Sahel va se poursuivre. La logique ? Moins de soldats français sur le terrain et en première ligne, mais des militaires plus en soutien des armées locales. Avec le Niger comme nouvel allié numéro un dans la région. Le départ des militaires français du Mali sera effectif dans les prochains mois. Après la fermeture récente de Gossi, les bases de Ménaka et de Gao vont fermer à leur tour. D’ici la fin de l’été ? « C’est un peu optimiste », estime-t-on à l’Élysée où l’on table plus sur un « septembre/octobre ».

En parallèle, Paris va apporter une aide multiforme aux pays du golfe de Guinée afin de tenter d’endiguer la menace jihadiste. Ce soutien va se faire au cas par cas. La nature de l’aide apportée ? Du renseignement et du soutien aérien généralement. Ainsi que « des formations ciblées dans les états-majors pour renforcer les capacités des appareils sécuritaires », précise la même source au sein du palais présidentiel. 

Un premier déplacement en RDC et/ou en Angola ? 

Si la ligne politique reste donc inchangée, le casting pourrait, lui, évoluer au sein du palais présidentiel comme au ministère des Affaires étrangères, avec l’arrivée de nouvelles têtes. Le dispositif devrait également être en partie revu. Une idée semble faire son chemin : celle de créer au Quai d’Orsay un ministère délégué ou un secrétariat d’État dédié à de grandes thématiques, à forte dimension africaine, comme le climat, la santé, l’éducation ou l’égalité hommes/femmes. 

Une fois l’organigramme constitué, une question va rapidement se poser : quelle destination pour le premier déplacement du président sur le continent ? En 2017, douze jours à peine après sa victoire, Emmanuel Macron s’était envolé pour Gao, au Mali, afin de rencontrer les militaires de Barkhane et conforter les opérations menées par la France dans la région. Cinq ans plus tard, alors que le dispositif militaire français est en pleine transformation, le président peut-il se rendre au Niger, chez son nouvel allié numéro un dans la région ?

L’hypothèse n’est pas à exclure. Mais une autre piste est visiblement à l’étude. « On envisage ce deuxième quinquennat dans la continuité du précédent, indique un proche du chef de l’État. Il y a des zones, des géographies africaines que le président n’a pas encore visitées, donc l’idée aussi, ce n’est pas forcément de donner un signal très symbolique en début de mandat, mais c’est plutôt de continuer à dérouler la feuille de route qu’on s’était fixée ».  

Un déplacement en RDC et en Angola – voyage empêché durant le premier quinquennat par la crise du Covid-19 – est donc sur la table. « L’idée, c’est quand même aussi d’aller là où il n’est pas encore allé, insiste ce même conseiller. Et puis, il y a des interlocuteurs qu’il a croisés qui l’ont marqué, ajoute-t-il. La présidente tanzanienne [Samia Suluhu Hassan], le nouveau président de Zambie [Hakainde Hichilema], qui sont des interlocuteurs intéressants qu’on va essayer de cultiver ».

Le scénario d’un premier voyage lointain, en plusieurs étapes, semble prendre corps. Avec toujours cette volonté de s’ouvrir aux pays non francophones. Côté congolais, on semble en tout cas déterminé à accueillir Emmanuel Macron rapidement. « On va tout faire pour que (sa venue) se concrétise avant la fin de l’année », confie-t-on dans l’entourage du président Tshisekedi. Et pour cause : l’an prochain, la RD Congo sera en pleine campagne électorale.